En défense du calvaire : Discours de Régis Le Gal à Plorec-sur-Arguenon

Pourquoi sommes-nous ici ?

Pour dénoncer une action et une décision inique. Le calvaire derrière nous date de 1946. Il marque depuis le milieu du XIXe siècle l’entrée du village de Plorec-sur-Arguenon. Cher aux habitants, il a été restauré en 2018 par une association locale. Et pourtant aujourd’hui il est question de le démolir. Pourquoi ? En raison de l’action d’une association, devenue tristement célèbre pour ces coups d’éclat juridiques : la libre pensée. Cette dernière a saisi la Justice pour demander la disparition de ce monument qui ne respecterait pas la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Le tribunal administratif de Rennes, constatant que la croix de Plorec a été érigée après 1905 et qu’elle se tient sur une parcelle appartenant au département des Côtes d’Armor, donc au domaine public, a donné raison à l’association anarchiste en octobre dernier : des pierres dressées devant nos yeux il ne doit rien rester. La situation est inacceptable

La loi de 1905

Il est hors de question pour nous de remettre en cause le principe de laïcité. Il est affirmé dans le préambule de notre constitution et son respect est plus que jamais nécessaire à une époque où l’équilibre entre espace religieux et espace public est menacé par le communautarisme. Nous devons dépasser nos appartenances personnelles pour nous rappeler que nous formons un peuple. La loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat est un texte fondamental et son article 28 indique bien « : qu’il est interdit, à l’avenir (donc après 1905) d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur un monument public ». Cela semble clair mais doit-on dans le cas présent en rester à ce constat froid ? Bien sûr que non ! Deux dimensions n’ont pas été prises en compte.

Premier problème

Le calvaire semble avoir été construit à l’origine sur un terrain privé : un champ dont l’angle bordant la route d’accès au bourg est devenu propriété du département au moment du démembrement. Le monument n’appartenait donc pas à l’origine au domaine public.

Deuxième problème

La réclamation de la Libre pensée aurait eu du sens en 1946 mais quel intérêt a cette action en 2020 ? Il s’est passé 75 ans. Ce temps très long a transformé le monument. Il se dressait déjà quand les arrières grands-parents de certains habitants des environs étaient dans la fleur de l’âge. Il se fond désormais avec le paysage. Il fait corps avec l’Eglise, la motte féodale et le monument aux morts. Il est de ce qui fonde l’identité du village.

Alors pourquoi faudrait-il le détruire ? Pourquoi faudrait-il même le déplacer (solution parfois avancée) ? Pourquoi faudrait-il attenter à l’âme de Plorec-sur-Arguenon ?

Mais il y a plus. Essayons de prendre plus de hauteur de vue car l’enjeu dépasse je crois les réalités locales.

De la nécessité de l’enracinement

Ce calvaire fait partie de ces petits riens, de ces petits « tout », qui nous rappellent nos racines à nous les Bretons, à nous les Français. Pour le passant qui le croise sur son chemin le monument n’a pas d’âge. Il n’est pas de 1946. Il fait partie de ces milliers d’autres croix qui parsèment les terres de notre région et de notre pays. Il fait partie des échos de notre passé. Que l’on soit chrétien ou non, ces constructions nous rappellent d’où nous venons. Elles permettent de nous souvenir qu’il y eut des gens avant nous et que nous-mêmes aujourd’hui continuons leur histoire comme nos enfants perpétueront la notre.

Une communauté locale, régionale et nationale c’est d’abord une continuité, une succession : un héritage.

Ernest Renan, disait qu’une « nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses à vrai dire n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est la possession d’un riche legs commun, d’un riche legs de souvenirs, l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble la volonté de continuer à faire valoir l’héritage que nous avons reçu indivis ».

Ce propos vaut pour toute société. Nous avons besoin de passé pour continuer à être et nous projeter dans l’avenir. Nous rappeler ce que nous sommes ou ce que nous avons été est essentiel en cette époque difficile pour le pays. En période de grands bouleversements nous avons besoin de sentir qu’il y a des choses qui demeurent et demeureront toujours. Nous avons besoin de familier et d’immuable.

Je terminerai en citant une autre personnalité originaire de notre région : René François de Châteaubriand. Pour clôturer ses Mémoires d’outre tombe, l’écrivain se lance dans une méditation sur les basculements produits par la modernité et la douceur d’un temps d’avant qu’il s’impose de préserver :

« N’y avait-il rien dans la vie d’autrefois, rien dans cet espace borné que vous aperceviez que vous aperceviez de votre fenêtre encadrée de lierre ? […] C’était bonheur de songer que les collines qui vous environnaient ne disparaîtraient pas à vos yeux; qu’elles renfermeraient vos amitiés et vos amours ; que le gémissement de la nuit autour de votre asile serait le seul bruit auquel vous vous endormiriez ; que jamais la solitude de votre âme ne serait troublée, que vous y rencontreriez toujours les pensées qui vous y attendent pour reprendre avec vous leur entretien familier.

Vous saviez où vous étiez né, vous saviez où était votre tombe ; en pénétrant dans la forêt vous pouviez dire : « Beaux arbres qui m’avez vu naître, Bientôt vous me verrez mourir ».

Ces paroles sont d’or. Il faut préserver dans notre environnement des points d’ancrage qui nous raccrochent à notre histoire personnelle comme à l’histoire collective. A Plorec- sur- Arguenon ce calvaire fait partie des éternels. Nous l’avons côtoyé et il doit nous survivre.

Régis le Gall

Porte parole de la liste régionale Debout La France « La Bretagne avec David CABAS »

Secrétaire départemental de Debout la France Finistère

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